La construction

La volonté du pape Clément VI de faire construire une église abbatiale monumentale pour abriter sa sépulture a conduit à de véritables tours de force.

Le chantier fut conduit avec une extrême diligence : commencés en 1344, les travaux étaient pratiquement achevés à la mort du pape en 1352. D’Avignon, Clément VI a veillé à la bonne marche du chantier et a assuré un financement coûteux. Comme il n’a pas voulu déplacer le tombeau de saint Robert, tout en voulant une église plus grande à l’emplacement de la précédente, il a fallu corriger le dénivelé du terrain : creuser à l’est pour y loger l’abside, apporter de solides remblais à l’ouest pour y construire la façade avec ses tours massives et concevoir un grand escalier pour y donner accès.

Il a confié les travaux à Hugues Morel, qu’il faisait travailler à la construction du palais d’Avignon : on y retrouve les mêmes contreforts, la nef de l’église a le même plan que la chapelle pontificale et la tour Clémentine est la copie d’une des tours du Palais des Papes. Il se fit aider par Pierre de Cébazat, qui travaillait également à la construction de la cathédrale de Clermont.

La façade

Façade de l’église abbatiale

La façade est austère dans sa rigueur, la simplicité de ses lignes et l’emploi des matériaux (pierres admirablement bien taillées).

Deux tours encadrent une large partie centrale. Elle indiquent à tous que l’abbé de cette abbaye a rang d’évêque.

L’immense portail a cruellement souffert des déprédations des protestants en 1562. Une statue de saint Robert subsiste au trumeau ; il accueille ainsi les pèlerins et les touristes. Les sculptures des pieds-droits, du linteau, du tympan et des voussures ont disparu.

De très puissants contreforts, très saillants et profondément ancrés dans le sol, accentuent les verticales.

De grands arcs ont été lancés au devant du mur, d’un contrefort à l’autre, pour raidir la maçonnerie.

Au-dessus, une galerie de circulation a été aménagée.

L'architecture intérieure

L’église abbatiale de La Chaise-Dieu a une architecture dite gothique languedocienne qui est décrite par Alain Erlande-Brandenburg 1. Afin de créer un volume unique en englobant les collatéraux dans un vaisseau central, leur largeur a été réduite, leur clés de voûte sont à la même hauteur et donc leurs arcades ont été hissées à la hauteur de celles de la voûte centrale, réduisant d’autant les dimensions des supports.

Ce vaisseau unique est très frappant à l’abside : il permet une dilatation du volume intérieur ; la voûte à six branches d’ogive couvre des chapelles rayonnantes, dont les baies vitrées, très hautes, permettent à la lumière de pénétrer.

L’absence de chapiteaux, les nervures des voûtes venant se fondre progressivement dans les colonnes, allège la structure pourtant massive : l’élévation sous les clés de voûte n’est que de 18 m ; la largeur de la nef est, elle, de 13 m.

C’est une des rares églises en France a avoir conservé son jubé qui divise l’église en deux : le chœur des moines d’un côté auquel ils accédaient par la porte du cloître et la nef proprement dite de l’autre où les pèlerins venaient vénérer le tombeau de saint Robert auquel ils accédaient par le grand escalier. L’église n’a pas été conçue comme une église paroissiale mais bien comme l’ église d’une abbaye.

La nef et le jubé

Le jubé est cette construction en pierre qui divise l’église en deux parties bien distinctes. Jusqu’au concile de Trente (1545-1562) la quasi totalité des églises en avait un. Avec le concile de Trente et la dévotion de plus en plus grande au Saint-Sacrement, les jubés ont été détruits. Si celui de La Chaise-Dieu existe toujours, il a connu de nombreuses modifications. Des encoches dans les piles montrent qu’à l’origine, il était beaucoup plus haut. Il a été abaissé au XVIIe pour permettre à l’orgue d’être mieux entendu du chœur. On peut voir les armes du cardinal Serroni sur la porte. Les balustrades à gauche et à droite ne sont pas en pierre mais en bois.

Un crucifix, daté de 1603, œuvre d’un moine de La Chaise-Dieu le surplombe encadré par des statues du XVe représentant la Vierge Marie et l’apôtre saint Jean.

Devant le jubé, à droite, se trouve l’autel de Saint-Robert surmonté d’un tableau sur lequel la Vierge Marie confie au saint son bâton d’abbé. Devant, la pierre tombale d’origine de saint Robert est simplement marquée d’une croix. Le trou dans la pierre permettait aux pèlerins de toucher les reliques du saint.

L'orgue

L’orgue monumental est un instrument dit « français » du XVIIe, il est très recherché par les mélomanes.

L’association Marin Carouge organise des journées de l’orgue.

Le chœur monastique

Si l’église frappe par son austérité, les stalles et les autels classiques donnent une atmosphère chaleureuse au chœur. Au XIXe siècle, les tapisseries avaient été installées de manière permanente au-dessus des stalles. Depuis leur dernière restauration en 2017, elles sont exposées dans une pièce de l’aile de l’Écho.

Le chœur monastique était réservé aux moines, les laïcs n’y entraient pas. Il était complètement fermé. On peut remarquer des traces de gonds dans les piliers près du sanctuaire. L’aménagement du chœur est propre à l’aménagement d’un monastère où la communauté des moines se retrouve plusieurs fois dans la journée pour y chanter l’office divin.

Les stalles

Voulues par le pape Clément VI, elles n’ont été installées qu’au début du XVe siècle. Elles sont en chêne. Si l’effet de répétition est intéressant, en revanche, les sculptures restent relativement simples, à l’exception des extrémités et, près du jubé, des stalles de l’abbé et de son prieur de part et d’autre de la porte. Seuls les culs-de-lampe au-dessus des stalles montrent une diversité, non dénuée de poésie ou même d’humour2.

On en compte 144 (12 x 12) pour les douze tribus d’Israël et les douze apôtres. Ce chiffre ne correspond pas au nombre de moines présents dans l’abbaye. Il renvoie au texte de l’Apocalypse3 :  » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël » et symbolise la totalité de ceux qui sont sauvés et que les moines préfigurent par leur vie totalement donnée à Dieu.

Alors j’ai vu : et voici que l’Agneau se tenait debout sur la montagne de Sion, et avec lui les cent quarante-quatre mille qui portent, inscrits sur leur front, le nom de l’Agneau et celui de son Père. Et j’ai entendu une voix venant du ciel comme la voix des grandes eaux ou celle d’un fort coup de tonnerre ; mais cette voix que j’entendais était aussi comme celle des joueurs de cithare qui chantent et s’accompagnent sur leur cithare. Ils chantent un cantique nouveau devant le Trône, et devant les quatre Vivants et les Anciens. Personne ne pouvait apprendre ce cantique sinon les cent quarante-quatre mille, ceux qui ont été rachetés et retirés de la terre. Ceux-là ne se sont pas souillés avec des femmes ; ils sont vierges, en effet. Ceux-là suivent l’Agneau partout où il va ; ils ont été pris d’entre les hommes, achetés comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau. Dans leur bouche, on n’a pas trouvé de mensonge ; ils sont sans tache.

Le siège de chacune de ces stalles peut être relevé. Cela permettait aux moines âgés et fatigués d’être mi-assis mi-debout pour chanter les offices souvent long. Pour cette raison, ce siège relevé s’appelle une miséricorde. Les sculptures de ces miséricordes sont sobres et représentent essentiellement des feuillages.

Chœur monastique avec les stalles des moines et le tombeau de Clément VI au centre. À l'origine il n'y avait pas de bancs. Ils ont été installés pour les messes depuis que l'église abbatiale est devenue l'église paroissiale.

Gisant du pape Clément VI au milieu du chœur monastique. On voit bien les sièges relevés des stalles : les miséricordes

Alignement des stalles

Chœur avant 2013. Les tapisseries n'ont pas encore été déposées.

Le tombeau de Clément VI

Au centre de ce chœur monastique, se trouve le tombeau du pape Clément VI à l’origine de la reconstruction de l’église en 1342. Le mausolée de marbre noir profanée par les huguenots en 1562 a été refait au XVIIe par les mauristes. Le gisant de marbre blanc est d’origine. Le mausolée était entouré de statuettes de marbre blanc, représentant la famille du pape ; il n’en reste que des fragments dont l’un est visible au musée Crozatier au Puy.

Gisant en marbre du pape Clément VI.

Le maître-autel

Le maître-autel en bois doré, installé par les mauristes, dissimule l’autel primitif, immense table de pierre, que l’on peut découvrir en ouvrant un placard derrière l’autel. Il fut consacré le 15 juillet 1674 par l’abbé commendataire, Mgr Hyacinthe Serroni. Cette date de consécration fut celle retenue par les mauristes pour célébrer la consécration de l’abbatiale, et est consignée comme telle dans le Propre de l’abbaye4. Elle l’est encore aujourd’hui.

À l’origine, cet autel était peint en bleu, et la garniture était en argent. En 1715, les moines expédièrent à la Monnaie de Riom cette garniture d’argent pour financer la guerre de Succession d’Espagne, imitant Louis XIV qui vendait le mobilier d’argent de Versailles. En 1740, les moines acquirent pour la remplacer la garniture de bronze actuelle. On peut penser que c’est à cette occasion que l’autel fut doré. Aujourd’hui la dorure s’écaille, laissant apparaître la peinture bleue ; la menuiserie est en mauvais état et nécessite une restauration rapide. Les armes de l’abbaye sont sculptées au centre du socle.

Le grand crucifix et les immenses candélabres en bronze sont datés de 1740.

Le maître-autel de l’abbatiale

Les collatéraux

Le collatéral sud, (à droite quand on s’avance vers le sanctuaire) abrite un superbe tombeau dont l’enfeu est décoré d’anges musiciens. C’est à tort qu’il est dit qu’il fut la sépulture de Renaud de Montclar, qui fut le premier abbé nommé par Clément VI et chargé de la surveillance des travaux : il est mort bien avant l’achèvement des dits travaux. Il s’agit plus probablement de la tombe d’un évêque de la famille de Clément VI, dont le gisant est peut-être celui que l’on a retrouvé en 1999.

Le retable qui meuble la chapelle à l’extrémité de ce collatéral représente la Pentecôte. Il compte deux tableaux : en haut un petit représente Le Père et le Fils envoyant l’Esprit Saint. Le tableau central représente la Vierge présidant le collège apostolique dans le Cénacle, le jour de la descente du Saint-Esprit représenté sous la forme d’une colombe. Des études récentes avancent l’hypothèse que ce tableau est l’œuvre d’Horace Le Blanc (1580-1637) qui est considéré comme le père de la peinture lyonnaise du XVIIe.5 En bas du retable, de part et d’autre de l’autel, se trouvent deux représentations sculptées de saint Benoît à gauche et de saint Robert à droite. Commandé à l’origine pour être le retable de l’autel principal, il fut déménagé dans la chapelle du Collège située dans l’aile de l’Écho qui a été retrouvée et où sont exposées aujourd’hui les tapisseries, car il empêchait la lumière de rentrer dans l’édifice. Il a été installé ici en 1791 lorsque la Chapelle fut vendue comme un bien national6.

  1. Alain Erlande-Brandenburg, La Chaise-Dieu, Éditions Ouest-France, Rennes, 1995.[]
  2. Voir Patrik Landreau, Aux pieds des stalles, Éditions Pignol, Le Puy, 2008.[]
  3. Ap 7,4 et 14, 1-5[]
  4. Le Propre de l’abbaye est le calendrier liturgique propre à l’abbaye. Il répartit les fêtes des saints célébrés à l’abbaye et donne le degré de solennité des offices liés à ces saints.[]
  5. Il fut un excellent portraitiste, même si l’essentiel de son œuvre est religieux. Dans la région, on peut voir une Annonciation dans l’église de Billom, ainsi que Le Vœu de Louis XIII dans celle de Tournon[]
  6. Voir le travail de Jacques Bellut sur les retables en 2014 et qu’il nous a aimablement autorisé à utiliser.[]
Pour accéder à toutes les fonctionnalités de ce site, vous devez activer JavaScript. Voici les instructions pour activer JavaScript dans votre navigateur Web .
Votre navigateur est obsolète !

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×